PROJET AVEC DES PARENTS CONCERNÉS PAR LE REGROUPEMENT FAMILIAL.

 « La parole circule, la souffrance aussi dans ce groupe de parents demandeurs d’asile qui attendent de retrouver leurs enfants restés ailleurs, dans un ailleurs qu’il devient de plus en plus difficile pour eux de se représenter. … « 

« En effet, les images inscrites dans leur mémoire à l’occasion d’un passage, parfois furtif, dans l’actuel pays « d’accueil » de leurs enfants, deviennent, comme les photos anciennes, chaque fois plus pâles, plus diffuses. Ils essayent toutefois, par un effort obstiné, de mobiliser leurs souvenirs et leur imagination pour imaginer leurs enfants, pour saisir leurs changements dans ces lieux étrangers, comme si cette obstination pouvait diminuer les distances, faire tenir les liens.Par moments, je suis tentée de me sentir démunie à tel point de vouloir partir. La douleur devient palpable et la tâche pour pouvoir avancer est gigantesque. Un mot surgit par ici et un autre par là, des mots d’encouragement, des petites lumières d’espoir, et même sans espoir, il faut continuer. Les questions viennent en masse : Qu’est-ce qui peut faire fonction soignante ? Qu’est-ce qu’une psychologue peut apporter dans une telle situation ? Quels sont les moments et les espaces propices ? Quelle solidarité est possible dans l’altérité ? Quelle est la parole qui soigne et à quel moment faut-il la prononcer ? »

Ce qui précède est le récit d’une d’entre nous, à l’occasion d’un atelier d’écriture. Elle tente de partager ses sentiments et ceux qui semblent habiter les parents réfugiés, qui vivent dans l’angoisse, face à tant des contraintes pour pouvoir récupérer leurs enfants. Un groupe de parents concernés par des processus de regroupement familial a été créé à Convivial à l’initiative d’une des assistantes sociales de l’institution. Cette professionnelle, avec une expérience de travail communautaire en Afrique, est bien convaincue de la force qui peut surgir d’un espace groupal, en termes de solidarité et de recherche des sentiers pour s’en sortir. Elle facilite donc, autant qu’elle peut, la création et le maintien de ces lieux collectifs, tout en continuant à suivre les personnes individuellement. Dans ce cas-ci, la problématique qui afflige ces parents, malgré la grande souffrance psychologique qu’elle contient, ne peut pas, selon elle, être abordée exclusivement par ce biais. La globalité de la problématique oblige à faire des liens constants entre les aspects subjectifs et le contexte. C’est ainsi qu’elle utilise notre méthodologie qui offre la possibilité d’approcher les aspects subjectifs, mais aussi les déterminants sociaux, économiques, politiques, culturels, qui causent la souffrance sociale. Le groupe étant très nombreux, et vu la gravité de certains parcours de vie des parents, elle nous a demandé de la rejoindre pour accompagner ce groupe. Ainsi, nous tentons ensemble de situer ces parents en tant que groupe social, comme un groupe qui peut dégager des dynamiques qui lui sont propres et que nous tentons d’amplifier. Des émotions provoquées par l’évocation de situations anciennes ou d’événements qui ont eu lieu pendant ces 15 jours, ou encore, par l’écoute du récit de quelqu’un qui vient pour la première fois, trouvent un temps pour s’exprimer dans le groupe. Par ailleurs, nous cherchons de manières de conserver les liens avec les enfants, de faciliter la circulation des savoirs acquis par les parents dans leurs innombrables démarches, afin d’éviter des erreurs parfois irréversibles, et de sensibiliser des institutions d’appui économique et des décideurs politiques. Au niveau économique, de petites pistes se dégagent.

Quelques parents réussissent la démarche : peu d’entre eux, au compte-gouttes, certes, mais cela apporte un brin d’espoir et le groupe continue. Entre temps, les parents s’aident, se soutiennent, ils acquièrent quelques compétences administratives et une certaine compréhension du contexte d’ici. Ils sont actifs, ils se plaignent, ils revendiquent. Une réunion a lieu tous les quinze jours, avec une participation d’au moins 25 personnes, et ce groupe est là pour durer car la problématique, au moins à court terme, n’a pas l’air de disparaître.

Namur Corral

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