2002- Dans le courant de l’année scolaire 2000/2001, une offre de travail à été faite aux élèves d’une classe de sixième professionnelle de l’école de La Providence à Anderlecht, dans le cadre d’un cours appelé « cours de participation ».Cette offre est issue d’un partenariat rassemblant le professeur de la classe, le médiateur de l’école et le centre de santé mentale (Méridien).
Dans un premier temps, l’initiative à été présentée aux élèves par une dynamique de choix qui leur a permis de se prononcer en terme d’adhésion ou pas au processus. Tout en étant conscient du fait que la possibilité de refus de la part des élèves était limitée (essentiellement de par leur position d’élèves en face de membres de la structure scolaire et dans le cadre de celle-ci), il a semblé important aux promoteurs du projet de ne pas esquiver cette question, d’autant plus que le projet requerrait une participation subjective des élèves.
Au terme de ce premier temps, les questions liées au cadre de travail ont été abordées avec l’ensemble du groupe : confidentialité, repères pour la participation, utilisation du matériel travaillé en séance, horaire, lieu de travail,…
Ce n’est que dans un deuxième temps qu’un choix de thème s’est imposé. Pour ce faire, les membres du groupe ont été invités à repenser à partir de leur vécu personnel, à une situation qui leur a posé question ou encore qui a été difficile à vivre et qu’ils souhaiteraient travailler avec le groupe. Le groupe s’est mis d’accord pour travailler le thème de « la liberté ». Dans une première phase, le groupe a abordé ce thème en ne mettant pas de balises. C’est ainsi que tous les participants ont évoqué des situations de leur vie privée, ou encore de situation hors école.
Puis dans le courant de l’élaboration collective de cette thématique il a été décidé de recentrer le thème sur l’école (« la liberté telle que je la vis à l’école »). Ce recentrage permettait de rassembler les élèves sur un dénominateur commun qu’est la fréquentation d’un même établissement scolaire, laissant ainsi la possibilité ouverte à la mise en place d’un projet collectif au sein de celui-ci. Ce projet collectif s’est réalisé en cours de travail : les élèves, constatant que l’image de l’école véhiculée à l’extérieur les affectait, se sont proposés de créer une oeuvre collective reflétant identité et appartenance : qui ils sont eux notamment en tant qu’élèves de la Providence. C’est donc un parcours de connaissance de soi, de ses goûts, de ses couleurs qui fut développé avec comme support de travail une « symbolisation » plastiques et artistiques (peinture commune sur panneau de bois à partir du « questionnaire de Proust »). Le temps a cependant manqué pour clôturer ce travail par un événement scolaire. Par contre une possibilité de raconter et de revisiter cette expérience à été offerte par l’invitation des promoteurs du projet et de quelques élèves de la classe à la commission santé de Cureghem en juin 2001.Six personnes sont assises en cercle au milieu de la trentaine de participants de la Commission Santé : trois étudiants, une enseignante, un médiateur scolaire de l’Institut de la Providence et un psychologue du centre de santé mentale Le Méridien.
– le psy : Que retenons-nous de cette expérience (il faudra expliquer en deux mots auparavant en quoi consistait cette expérience) ?
– la prof : cette expérience nous a amenés à exprimer en sous-groupes des situations parfois difficiles. Pour ma part, j’ai été amenée à parler de choses de ma vie personnelle ; une relation particulière s’est développée avec les étudiants, différente des autres cours. J’ai été touchée par ces échanges de paroles personnelles.
– une étudiante : moi, l’activité que j’ai le plus aimée, c’est lorsqu’on a dessiné un tableau, en posant nos mains avec différentes couleurs.
– une autre étudiante : cette activité avec les mains, ça nous a rapprochés.
– le médiateur : une activité que je retiens, c’est celle où parmi une liste de 15 ou 20 activités, on a dû en choisir une. On s’est mis dans la peau d’un jury, chacun devait choisir une activité et la défendre. Le jury a dû se mettre d’accord sur deux ou trois critères. Je trouve que c’est un exercice démocratique original. Ca permet d’allier jeu et démocratie.
– la prof : et c’est intéressant de remarquer que le choix n’a pas été contesté par la suite …
– le médiateur : il y avait quelque chose d’équilibré dans le jugement.
– un étudiant : moi, j’ai aimé le mime. Chacun pouvait essayer de s’exprimer comme il pouvait.
– le psy : je me souviens de deux moments en particulier : celui où nous avons réfléchi au niveau de confiance qu’il y avait entre nous et à ce qui allait nous permettre d’améliorer cette confiance. Vous aviez dit : entre étudiants, on ne se parle pas. Ca m’avait étonné d’entendre ça. Nous avons pris du temps pour réfléchir à ce que nous étions prêts à partager. L’autre moment est plus désagréable. C’est lorsque nous avons travaillé sur la liberté. Chacun devait amener un objet et dire à partir de cet objet, la façon dont on peut vivre la liberté. Ce jour-là, il y a eu beaucoup de bruit, j’ai eu l’impression qu’il y avait peu d’écoute. Beaucoup d’étudiants avaient oublié leur objet. Une étudiante avait apporté une aquarelle, mais on ne l’écoutait pas. Je dois avouer que cela m’a amené à me poser quelques questions…
– la prof : c’était plus difficile pour toi d’entrer dans une relation de confiance car tu es arrivé comme une personne étrangère à l’école. Nous avons de la chance que ça se soit bien passé.
– un étudiant : la confiance nous a permis de prendre un bateau, mais sans savoir où ce bateau nous emmenait. Jusqu’au troisième cours, nous ne savions pas quel était le projet. Vous aviez peut-être un projet précis, mais nous ne le savions pas. Vingt personnes ont pris un bateau ensemble, pour aller on ne savait pas où.
– une étudiante : nous ne savions pas où ça allait nous emmener.
– le psy : pourquoi avez-vous accepté alors ?
– un étudiant : on a dit oui pour être en groupe, pour découvrir quelque chose de nouveau, pour pouvoir s’exprimer, pour pouvoir communiquer.
– le médiateur : l’objectif était de construire quelque chose tous ensemble, il n’y avait aucun secret. Nous devions choisir tous ensemble vers quoi on allait.
Les six personnes rejoignent le cercle des participants et proposent un exercice à l’ensemble du groupe. Il s’agissait, pour chacun, d’imaginer qu’on avait les moyens d’emmener cette commission santé à un endroit du globe qu’on apprécie particulièrement. Une balle représentant la terre était lancée de personne en personne, désignant ainsi la personne qui prenait la parole.
Débat qui a suivi :
- Ce sont des outils d’animation intéressants mais ce n’est pas toujours facile de trouver un équilibre entre la poursuite d’objectifs et une discussion ouverte à autre chose, souvent imprévu.
- Ce qui nous semble important dans ce projet, c’est le processus. La méthode et le processus doivent être clairs et précis. Il s’agit plutôt de promotion de la santé que de prévention. Il s’agit de promouvoir une manière de travailler ensemble.
- En tant qu’enseignante, je voulais voir un résultat au terme de l’année. Un résultat qui me satisfait est la présence d’élèves aujourd’hui pour présenter notre travail. Le tableau (peinture avec les mains) n’est pas terminé mais ce n’était pas l’objectif final.
- Il était important de gagner la confiance des autres, de travailler ensemble, mais j’aurais eu besoin de quelque chose de fini. J’ai l’impression qu’il n’y a pas eu de résultats concrets. Le tableau, par exemple, aurait pu constituer un souvenir de ce qu’on avait fait ensemble.
- Ça pourrait toujours être faisable…
- Le groupe pourrait se poursuivre, dans un autre cadre puisqu’il n’y aurait plus d’obligation scolaire et avec d’autres personnes.
- Le cadre scolaire oblige les étudiants à être présents, mais nous avions envie que l’adhésion au projet soit libre. Nous avons donc prévu qu’un élève puisse être présent dans l’école sans participer au projet s’il ne le souhaitait pas.
- Moi, j’ai parlé dans ce groupe de ma vie privée, je me sentais en confiance. Je ne sais pas si je pourrai encore avoir cette confiance si le groupe change.
- Ce qui est important, c’est le groupe. Ce qui s’est construit, c’est avec ce groupe-là et si d’autres personnes arrivent, le but du projet peut être différent.
- Le débat est complexe : c’est un processus qui ne se construit pas du jour au lendemain. Nous avons construit ce projet en 12 séances et ce n’est pas clôturé. Il reste toujours des questions en suspens.
- Il y a deux aspects : le travail en petit groupe d’une part et d’autre part, qu’est-ce que nous souhaitons rendre public ? Faire sortir du petit groupe ? Quel impact notre petit groupe aura-t-il sur l’école ? sur le quartier ? Travailler ces deux aspects demande du temps. Difficile en une année de mener à bien les deux aspects. Peut-être que le second objectif pourrait faire l’objet d’un nouveau contrat ?
- Les étudiants ont pu être sensibilisés à l’écoute des autres, à l’attention aux autres. Je suis persuadée qu’ils ont pu mettre ça en pratique dans des actions tout à fait différentes, voire dans leur vie privée.
- Quelqu’un demande à un étudiant : qu’as-tu appris dans ce projet, que tu ne faisais pas avant ?
- Cette expérience m’a appris à développer la patience ; c’est peut-être grâce à ça que j’ai réussi ma sixième.
- Moi, j’ai appris à faire confiance à quelqu’un d’étranger à mon entourage, comme le psychologue du Méridien. Nous avons appris, découvert des choses en nous-mêmes.
Si l’objectif est de travailler un processus, il est important de ne pas évaluer un résultat. Les étudiants sont capables d’évaluer leurs acquis en terme d’estime de soi et de capacités de négociation.
Benoit Van Tichelen et Fabian De Brier
