Ce groupe a commencé en février 2000 au sein de l’asbl Convivial, qui accueille un public de réfugiés et demandeurs d’asile. Il est né suite à des questionnements de plusieurs parents d’adolescents : « comment éduquer nos adolescents dans une société jugée trop permissive ? », « comment fonctionne le système scolaire en Belgique ? », « nos jeunes ne risquent-ils pas de perdre leurs racines culturelles ? »,… Comme plusieurs parents avaient des questions similaires, l’assistante sociale de l’association a proposé de constituer un groupe où l’on pourrait discuter ensemble de ces questions. Ce groupe était co-animé par un membre de Convivial et un membre de l’équipe communautaire du Méridien.
Dès le départ, ce groupe fut composé non seulement de parents réfugiés mais également de parents d’adolescents de nationalité belge, italienne ou autre. Cette mixité était importante car elle permettait de resituer la problématique de l’adolescence en exil dans une perspective plus large de l’adolescence en général.
Concrètement, une vingtaine de personnes (pères et mères) se réunissaient une fois par mois, autour de thèmes qu’ils avaient auparavant choisis. Parmi les thèmes que nous avons abordés au cours des deux ans qu’a duré ce projet, nous pouvons citer : projets de vie des parents et projets de vie des jeunes, les conditions de vie en Belgique (matérielles, culturelles, etc.), le rôle des parents dans la société belge, la diminution de l’autorité parentale, la sexualité, la consommation d’alcool, de tabac et éventuellement de drogues, la gestion de la télévision, comment s’occuper pendant les vacances ? comment mettre des limites ? etc.
La méthodologie utilisée lors des rencontres s’appuyait sur des supports tels que photos-langages, jeux de rôles, grille d’analyse des facteurs sociaux, partage d’expériences en sous-groupes, élaboration de pistes d’action collective, …
Les échanges d’expériences et de savoirs entre parents réfugiés et parents européens ont eu comme conséquence un apaisement des parents réfugiés. Ceux-ci pensaient en effet que le changement de comportement chez leurs adolescents était une conséquence de l’exil. Or, ils ont trouvé de nombreuses similitudes dans le comportement de tous les adolescents.
Une des difficultés particulières vécues par ces parents en exil était leur isolement face à l’éducation de leurs enfants alors que dans leur pays d’origine, celle-ci était partagée avec d’autres personnes (oncles, tantes, etc.). Face à des situations problématiques, le groupe a tenté d’apporter des pistes de solutions, articulant intégration au pays d’accueil et conservation de sa culture d’origine. Il s’agissait, pour les parents en exil, d’apprendre à leurs enfants à acquérir un sens critique : savoir faire des choix, ne pas tout accepter.
Les évaluations régulières ont permis de faire ressortir les bénéfices que les participants ont pu trouver au sein de ce groupe : créations de liens de solidarité, de confiance pour parler de questions personnelles ou intimes, soulagement de constater que beaucoup de leurs problèmes étaient vécus par d’autres parents d’adolescents belges ou européens, aide à relativiser les problèmes même si les solutions peuvent être différentes selon le contexte culturel, importance de rester soi-même, de conserver sa culture, de ne pas démissionner comme parent, de maintenir le dialogue avec les adolescents, de chercher soi-même des solutions. Les participants ont particulièrement apprécié l’aspect multiculturel du groupe, la méthodologie utilisée qui permettait la participation de chacun, la dynamique positive qui se dégageait du groupe (volonté de s’en sortir), le travail sur l’auto-estime de chacun comme parent.
Certains ont toutefois regretté que le groupe se soit arrêté avant d’avoir pu aboutir à un projet collectif concret (1). Le groupe s’est en effet clôturé de lui-même, après deux années environ, sans doute parce que les parents réfugiés avaient trouvés des pistes de solutions ailleurs et n’avaient plus besoin de ce groupe comme bouée de secours.
Sosthène Rukundo et Nathalie Thomas
(1) Notons toutefois que plusieurs pistes avancées lors de nos échanges ont pu ensuite être reprises et concrétisées au sein de l’association. Par exemple, la proposition de créer une bourse aux logements disponibles pour les réfugiés. Cette idée a par la suite donné lieu au projet « propriétaires sympas » qui reprend une liste de propriétaires acceptant de louer leur bien à des familles réfugiées ou demandeuses d’asile.
