2006 – Un groupe de mamies se réunit à l’asbl Convivial depuis plus de huit ans maintenant. Au départ, ce groupe est né de l’envie d’un autre groupe à Convivial, un groupe de jeunes filles, arrivées ici seules et qui se retrouvaient désorientées. On a essayé de les mettre ensemble pour créer du lien, se connaître et s’entraider au besoin. Quelques dames âgées qui ont vu ce projet ont demandé alors à l’assistante sociale : « vous vous occupez des jeunes mais nous aussi, nous sommes complètement perdues dans ce pays ». Elle les a alors invitées, avec quelques autres, à une première rencontre. Une bénévole s’est proposée pour les encadrer. Elles se sont choisi une leader qui organisait les activités avec la bénévole.
Celles qui ne savaient pas lire étaient accompagnées. Les enfants ou petits-enfants les amenaient. A ce stade, le seul fait de se rencontrer et de parler leur faisait plaisir puisque plusieurs se sentaient toutes seules dans cette ville.
Au début, ce qui les a réuni, ce fut le tricot, la couture, le Patchwork. Ensuite, la cuisine afin d’apprendre les recettes locales. Par après, comme plusieurs ne parlaient pas le français, il a été organisé un cours d’alphabétisation à deux niveaux : un groupe composé des plus âgées qui apprend le Français oral et un groupe qui apprend aussi à lire et écrire. Elles s’encouragent les unes les autres pour cette formation dont l’objectif est avant tout l’autonomisation. La solidarité permet à chacun d’oser, de parler français.Elles ont même organisé une tontine à l’africaine pour s’entraider.
Après quoi, certaines (celles avec une instruction de base) ont demandé à apprendre des bases d’informatique, pour pouvoir au moins envoyer des E-mails à leurs amis et membres de la famille qui sont au loin.Enfin, la gymnastique douce a été initiée, d’abord avec une kiné bénévole et dernièrement dans le cadre du programme « sport au féminin », financé par la COCOF.Le recrutement se fait par le « bouche à oreille », elles en parlent entre elles. Il y a donc un réel esprit communautaire dans ce groupe.
Le fait de se mettre ensemble leur a procuré non seulement la joie de se retrouver, de partager des expériences mais leurs rencontres ont même généré de petits bénéfices financiers. N’ayant plus de financements extérieurs pour leurs activités, les membres du groupe ont eu l’idée de faire ensemble des recettes de cuisine, de préparer un plat (des samoussas) qu’elles pouvaient ensuite vendre et gagner ainsi un peu d’argent. Avec cet argent, elles achètent le matériel pour les activités, elles paient les sorties (par exemple, au parc de Planckendael) et elles peuvent même organiser une petite fête à l’occasion. Un autre élément à relever est le soutien. Quand une des participantes est malade, les autres vont lui rendre visite. Il y a une ouverture, le fait de se mettre ensemble, le soutien mutuel, l’encouragement pour réaliser certaines choses.
Dernièrement, nous avons initié un nouveau projet avec quelques participantes de ce groupe : un travail autour du récit de vie. Avec elles, nous avons re-parcouru en groupe les principales étapes de leur vie (naissance, vie familiale, exil, vie en Belgique et avenir). Cette dernière question de l’avenir fut particulièrement difficile et douloureuse pour beaucoup car elle évoquait d’autres questionnements fondamentaux sur leur fin de vie. Le groupe s’est donc centré davantage sur la transmission de leurs récits à leurs enfants, à la société belge. Nous envisagerons éventuellement une publication de leurs récits dans cet objectif de transmission. Cette proposition est encore à discuter avec le groupe.
Sosthène Rukundo
