Le parcours du Collectif a démarré en 1994 par un diagnostic communautaire réalisé dans deux quartiers de la capitale (Cureghem et Saint-Josse). Celui-ci visait à étudier les représentations de la population par rapport à la santé mentale, ainsi que les réseaux d’entraide et d’aide professionnelle existant dans ces quartiers.
Suite à ce diagnostic, et avec l’aide d’un « groupe de pilotage » composé de professionnels et d’habitants, un projet de formation-sensibilisation en santé mentale communautaire a été mis sur pied. Il s’adressait principalement à des intervenants sociaux travaillant dans des quartiers populaires de la capitale (infirmières, assistants sociaux, médiateurs scolaires, psychologues, éducateurs de rue, etc.).
En 1997, un premier cycle de formation réunit une quinzaine d’intervenants intéressés par le projet. Il s’agissait, dans un premier temps, de mettre à l’épreuve, de tester nos propositions méthodologiques basées sur les principes de l’éducation populaire venant d’Amérique latine et de les adapter dans le champ de la santé mentale. Dans un second temps, chaque intervenant était invité à créer au sein de son association, un groupe d’habitants avec lequel il pouvait mettre à profit les enseignements appris dans la formation en santé mentale communautaire. Très vite, le processus de formation s’est transformé en un processus de construction collective de projet, chacun devenant partenaire de ce travail en commun. Dans les années qui ont suivi, d’autres cycles de formation-sensibilisation seront organisés et toucheront au total une cinquantaine d’intervenants. Après des débuts hasardeux, le Collectif a atteint son rythme de croisière dans les années 2000-2001 avec une conceptualisation progressive d’une méthode de travail en groupe au sein d’ateliers de développement personnel et communautaire. Cette méthodologie est développée dans la rubrique « ressources – outils » du site. Nous avons également participé à diverses rencontres internationales dans lesquelles nous avons pu présenter notre démarche et y trouver une certaine reconnaissance du travail effectué et des principes communautaires mis en pratique dans nos interventions.
Auto-gestion, coopération et habitat poétique
Progressivement aussi, le fonctionnement du groupe s’est modifié. Essentiellement porté et piloté par le Méridien à ses débuts, celui-ci fonctionne aujourd’hui en mode auto-gestionnaire : des rencontres mensuelles sont organisées sous forme d’intervisions, autour d’une question liée aux pratiques communautaires en travail social et en santé mentale. Ces questions sont amenées à tour de rôle par un des membres du collectif, qui reçoit pour l’occasion le groupe au sein de son association ou de son institution. Aujourd’hui, les membres du Collectif animent ou co-animent pour la plupart des groupes d’habitants répartis dans différentes communes de Bruxelles. Nous parlons de « groupes d’habitants » pour indiquer un rapport au monde différent, en essayant d’éviter des « mots-étiquettes » susceptibles d’enfermer les personnes ( « usagers », « clients », « bénéficiaires », ou encore « publics-cible »). Habiter un lieu, une ville, un quartier mais aussi une langue, une famille, une identité, … c’est quelque chose qui peut être à la fois éminemment intime et subjectif mais aussi partageable en commun. L’habitant devient alors celui-là qui habite à sa façon singulière les choses, consciemment ou inconsciemment, dans son rapport poétique aux choses, au monde, aux autres, à lui-même.
