Catherine Crabbé

Psychologue nomade, installée – sédentarisée ? – depuis quelques années à l’Antenne scolaire du service de prévention d’Anderlecht. Ça ne fait pourtant pas tout de suite oasis comme endroit, je vous l’accorde…

Mais à y regarder de plus près… Pour situer les spécificités de ce cadre de travail, l’équipe reçoit les élèves habitant ou scolarisés sur la commune, et leur famille, qui rencontrent une problématique de décrochage scolaire ou en lien avec l’un ou l’autre facteur de décrochage : une école où on ne trouve pas sa place, une orientation pas assez mûrie, un échec scolaire récurrent souvent précoce, une exclusion, des difficultés relationnelles au sein de la classe, des conflits répétés avec un enseignant, une démotivation générale, un absentéisme qui s’incruste, un décrochage complet,…

Soit, on pousse la porte de l’Antenne scolaire parce qu’il y a « quelque chose qui va pas » à ou avec l’école. On en sort parfois vite parce qu’on a trouvé tout de suite l’information souhaitée ou que d’autres portes amènent plus directement à ce que l’on cherche, le cas échéant, le CPMS, une Ecole des Devoirs, le médiateur scolaire de l’école,… Parfois, on n’a aucune idée de ce que l’on cherche ou c’est tout simplement nous la bonne porte. Alors, on fait un bout de chemin ensemble.

C’est selon. Ce qui me plait dans ce lieu, c’est la façon dont je peux y être psychologue : dans et à partir du lien. Ma participation au Collectif de Santé Mentale Communautaire au Méridien depuis près de 15 ans a peaufiné cette tendance que l’intervention systémique avait dessinée. Un besoin de travailler dans l’horizontalité, à partir de là où chacun est, en mettant en commun nos ressources. Un lieu extérieur aux écoles dans lequel l’adolescent peut s’arrêter, regarder son parcours d’un peu plus loin, réaliser qu’il vaut la peine d’y réfléchir et peut-être retrouver le fil de sa scolarité, de sa vie parfois, ou en tisser d’autres. Cela se passe en individuel, gagnerait parfois à se faire collectivement.

Un collectif de travail de médiateurs scolaires a été créé à l’Antenne Scolaire dans le même esprit, un espace de liberté en dehors de toute contrainte hiérarchique, légitimé par le simple désir de se rassembler pour échanger sur les pratiques, mettre à l’épreuve le métier et le faire bouger, le rêver pour en redessiner certains contours. Politique et psychologie sont intrinsèquement liés dans la cité, c’est du moins dans cette perspective qu’il me plait de travailler.

Encore quelques mots sur le Collectif de Santé Mentale Communautaire. De ce groupe initialement de formation a émergé peu à peu tout autre chose, bien au-delà de l’intervision professionnelle, des liens forts, de ces liens qui n’ont pas besoin de s’entretenir, un « nous » particulier aussi, chaud, certain, mais qui n’efface pas, qui appuie même, les singularités de chacun. Un sentiment parfois d’être tous des Martiens échoués sur cette planète qui se reconnaissent sans cesse dans l’impuissance d’ ébranler ce monde, dans l’utopie que représentent leurs cartes du monde. Un lieu de résistance et de liberté dans lequel on peut rêver son métier et s’en inspirer…

Catherine Crabbé – Antenne scolaire d’Anderlecht : rue de Fiennes, 71 – 1070 Bruxelles